Tuesday, June 07, 2005

Expérience : A l'école de l'improvisation


Le Quotidien Mutations (Yaoundé)
6 Juin 2005
Publié sur le web le 7 Juin 2005


Jean Baptiste Ketchateng


Impro Vision, prépare le match de l'inopiné entre comédiens et humoristes.

Quelle est la situation la plus à même de faire perdre son sang froid à un professeur ordinaire? Est-ce quand il se fait surprendre en flagrant délit, par la maman d'une de ses élèves, à qui il comptait fleurette sous couvert de révisions de leçons de mathématiques? Ou alors lorsqu'il se rend compte qu'il travaille depuis quatre mois sans toucher le moindre sou de son prospère et opulent directeur-fondateur?

Sur la scène de l'espace culturel le Petit tam-tam, mercredi dernier, deux équipes de comédiens et d'humoristes s'affrontaient pour préparer cette expérience inédite dans les arts de la scène au Cameroun. Trente secondes après que l'arbitre, le comédien Massa Batré, ait tiré au sort le sujet sur lequel quatre acteurs allaient faire montre de leur génie de l'improvisation, l'équipe qui comprenait Annie Tchawack, une comédienne, et Kaiser, l'humoriste, est montée sur les planches du Petit tam-tam.

Sur le sujet du professeur qui perd ses gonds, ils ont essayé de camper un nid d'embrouilles où l'enseignant réclame ses arriérés de salaire, tandis que des élèves eux, revendiquent des cours réguliers pour affronter sereinement les examens scolaires. Ceci, loin du directeur du collège, un sac de suffisance, qui ne comprend pas qu'un professeur n'ait pas assez de patience pour attendre son salaire, quatre mois durant.

La petite prestation, comportait des imperfections, notamment dans le discours des artistes, entrecoupé d'hésitations, aussi fréquentes que les temps d'arrêt, presque imperceptibles, dans la poursuite du scénario. Alex David Longang, homme de théâtre et entraîneur de l'équipe prévenait déjà lors des premières discussions: «Si l'improvisation est à la base de l'art théâtral, il s'agira ici de mettre en exergue les valeurs de chaque acteur, pour que tout évolue en harmonie. Il ne faut pas y aller comme un jeu de hasard».

Mais, Justine Couraud, jeune étudiante française en communication, initiatrice de cette expérience, semble plutôt satisfaite. «Le but ultime d'Impro Vision, explique-t-elle, est de rendre le théâtre et l'humour plus accessibles et d'apporter de l'animation et du divertissement dans les quartiers.» Le concept qui a été créé au Canada, va comporter cependant au Cameroun, une dimension médiatique qui devrait la rendre plus populaire.

A la fin du match, qui aura lieu le 11 juin prochain au Petit tam-tam, les jeunes promoteurs d'Impro Vision qui font leurs premières armes auprès du cinéaste camerounais Jean-Pierre Bekolo, comptent diffuser les meilleures des prestations scènes sur une nouvelle chaîne de télévision, Evénement 4 Tv. Une perspective qui pourrait motiver les artistes qui ont accepté de prendre part, avec la promesse d'une rémunération le cas échéant. Le gain le plus immédiat étant peut-être de mieux se faire connaître et d'apprendre.

Avant d'y arriver, les comédiens et humoristes embarqués dans cette aventure artistique n'auront de cesse de trouver les moyens d'accorder leurs violons. Autant pour des détails pratiques tels que l'engagement des acteurs dans ce projet qui a décollé avec quelques pesanteurs, en raison de l'absence de certains d'entre eux au lancement des premiers entraînements. Justine Couraud n'en attend pas moins une belle expérience. Il faudrait donc espérer que le metteur en scène et comédien Jacobin Yarro, pressenti pour entraîner la seconde équipe, soit plus disponible, avant la finale.

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