Wednesday, June 08, 2005

le supplément cinéma des Ecrans noirs : le réveil camerounais

Le Quotidien Mutations (Yaoundé)
6 Juin 2005
Publié sur le web le 8 Juin 2005

Elvis Mbimba

Une demi douzaine de films nationaux à voir cette année.

L'édition 2005 des Ecrans Noirs va battre tous les records en ce qui concerne la présence des films camerounais dans la programmation des Ecrans Noirs. Les cinéphiles vont découvrir pas moins de quatre productions qui portent la marque des Camerounais. Le plus attendu est certainement celui de Jean Pierre Bekolo, qui a décidé de faire la grande première mondiale de son nouveau film les saignantes dans son pays. Le réalisateur de Quartier Mozart a du s'investir suffisamment pour terminer la post-production de ce film. Les Saignantes, film qui a été tourné à Yaoundé, accorde une importante place aux effets techniques. Le film met à l'écran des noms bien connus de la scène artistique locale. On évoque les cas de Essindi Mindja et Jimmy Biyong entre autres. Pour sa part Joséphine Ndagnou y fait une première apparition au cinéma, après une expérience sur le petit écran à travers l'Etoile de Noudi ou encore Japhet et Ginette. Le Malentendu Colonial, figure également en bonne place dans cette sélection. Un film dans lequel Jean Marie Teno revient sur le rôle joué par les religieux dans l'entreprise coloniale en évoquant les séquelles de leur contribution. Ecrans Noirs ramène à Yaoundé Oswald Lewat Hallade.

L'ancienne journaliste de Cameroon Tribune va présenter aux cinéphiles Un amour pendant la guerre, un documentaire de soixante minutes tourné en Rdc. Le film de Bitjoka Bondol Mbock, Afrique Noire à l'image, est aussi présent aux Ecrans Noirs. C'est également un documentaire sur le demi siècle du cinéma africain. Dans la catégorie des courts métrages, on devrait retrouver Dossier Sanitaire de Parfait Zambo, Le meilleur et le pire, produit par Terre Africaine, entre autres. Pour ce qui peut être considéré comme l'événement de cette neuvième édition, la première de Les Saignantes, c'est bien Jean Pierre Bekolo qui aurait approché Bassek ba Khobbio au récent festival de Cannes pour lui faire la proposition. Une idée très bien accueillie par le promoteur des Ecrans Noirs qui, loin de toute évidence, avoue "qu'il était temps que nous arrêtions ces querelles stériles qui ne peuvent rien nous apporter". Bassek ba Khobbio ajoute "qu'il est important de se mettre ensemble pour réclamer une plus grande implication des pouvoirs publics et permettre ainsi au cinéma camerounais d'évoluer dans la bonne direction".

Malentendus

Il faut dire que la liste des films camerounais aurait pu être plus longue si les négociations avec Jude N'tchimenkou et Alphonse Beni avaient été fructueuses. Le premier, qui était au Cameroun il y a quelques jours, réclamait un billet d'avion pour participer au festival. Une attente que les que les organisateurs n'ont pas cru devoir satisfaire. Il faut d'ailleurs préciser que le film de Jean Pierre Bekolo sera projeté aux Ecrans Noirs dans des conditions particulières. L'entrée sera payante pour les programmations du film. Ce sera également le cas avec Hôtel Rwanda. Une expérience bien réussie il y a quelques années lors de la sortie nationale de Mobutu Roi du Zaire à la faveur d'une édition des Ecrans noirs. Il s'agit là d'une mesure qui vise à favoriser l'amortissement du film dans les salles commerciales. L'association Ecrans Noirs va d'ailleurs s'occuper de la distribution et de la diffusion des Saignantes après le festival. Ce qu'on peut présenter comme une affluence particulière des films camerounais aux Ecrans Noirs trouve son explication dans la relative relance de la production cinématographique nationale.

Les camerounais ont, ces dernières années, battu les records de réalisation, toutes catégories confondues. Le boom technologique y est pour quelque chose. On peut aussi parler d'une amélioration de la qualité des relations entre le promoteur des Ecrans Noirs et les autres cinéastes Le cas Jean Pierre Bekolo est sur ce plan la meilleure illustration. Il convient de préciser que c'est bien après la septième édition qu'un film camerounais sur format 35 mm a été programmé aux Ecrans Noirs. C'était le mariage d'Alex un film de Jean Marie Teno.

On se souvient du refus de la réalisatrice de Fanta en 2001 d'envoyer la copie de son film aux Ecrans Noirs parce que ses exigences financières n'avaient pas été satisfaites. On sait qu'une bonne partie de la génération des pionniers boudent toujours le festival et ne sont jamais visibles dans les sites qui l'abritent. Mais l'image d'un fils du pays esseulé dans son initiative a disparu. Les nationaux s'impliquent suffisamment dans l'événement. Les pouvoirs publics ont d'ailleurs suivi le mouvement. Le ministère de la culture a accordé la veille de l'ouverture du festival une subvention de dix millions à l'organisateur. D'autres administrations publiques ont apporté un appui à l'événement. C'est le cas du ministère du tourisme et du Fonds national de l'emploi. L'ouverture d'un espace consacré aux courts métrages et aux productions sur support numérique va certainement favoriser une augmentation progressive d'abord quantitative puis qualitative de la présence camerounaise dans la sélection du festival.

C'est tout de même un motif de fierté pour cette manifestation qui avait pour objectif au départ de promouvoir le film africain de manière susciter des vocations sur place. A la veille du dixième anniversaire du festival, on ne peut que se féliciter de ce réveil des Camerounais.

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