Tuesday, January 17, 2006

DEBAT CENSURE

Bonjour JP,
comment vas-tu ? Bien, j'espère. Malgré la censure. Un
ami de la CRTV m'a dit ce matin que la séance
Avant-première d'hier a finalement été annulée.

Tu te souviens, je 'ai dit hier que j'avais fait
circuler, sur le reseau Africiné, l'info à propos de
cette censure.
Je te communique ci-dessous les réactions de Baba Diop
(Sénégal) et Jean-Marie Olinga (Cameroun), je te
communiquerai plus tard celle de Thierno et des autres
::

A Tous les amis

je pense sincérement qu'il est temps de cesser de nous
indigner en circuit fermé à propos de la censure qui
menace le film de Bekolo. Il faut se convaincre que
nous sommes un lobby parce que journalistes et
spécialisés dans le 7 ième art et l'audiovisuelle
Servons nous de cette position pour adresser une
lettre de protestation au ministére de la culture du
Cameroun pour marquer notre opposition à la censure.
La dite lettre de la Fédération sera reprise dans nos
différents journaux et publication. la liberté de
création est sacrée. C'est un droit inaliénable.
Baba Diop
S.G. provisoire de l'eassociation sénégalaise de la
critique


jean-marie mollo olinga a
écrit :

> Bonjour à tous!
> Je connais bien les fonctionnaires du ministère de
> la
> Culture (en fait un ministère qui n'a de ministère
> que
> le nom). Ils s'y ennuient à longueur d'année et
> veulent là se donner du "travail". Il y a meilleur
> manière de montrer qu'on a de l'importance. Qu'on
> compare le film de Bekolo à tous ces autres qui nous
> viennent d'ailleurs et qui nous sont imposés ici, et
> on verra, tel que je l'ai écrit dans ma critique,
> que
> c'est des situations dans lesquelles les Camerounais
> vont tous se reconnaître, parce que habitués à
> elles.
> Les fonctionnaires de la Culture veulent justifier,
> pour une fois, le fait d'émarger sur le budget de
> l'Etat. Toutes choses que Bekolo dénonce par
> ailleurs
> (implicitement) dans son film. Et nous journalistes,
> devons soutenir son action.
> D'autre part, je connais bien M. Tienchou. C'est un
> monsieur qui connaît bien son travail, qui est même
> très sérieux, mais qui se retrouve dans l'engrenage
> du
> désoeuvrement... des fonctionnaires de la Culture.
> Comme Thierno, bien entendu, je suis contre cette
> censure.
> Jean-Marie MOLLO OLINGA,
> Président de CINE-PRESS.
>


--- Jean-Pierre Bekolo a écrit :

> Merci infiniment pour tes compliments, ils me
> touchent parceque ce film a un point de vue
> camerounais et tu as le profile parfait pour avoir
> un regard qui me parle sur ce film. Merci d'avoir
> oeuvré pour que ce film passe à Dakar.
> Pour l'instant le film est menacé d'etre censuré
> ici au Cameroun, je te tiendrai au courant de
> l'évolution des choses, je t'ai fait suivre quelques
> mails à ce sujet.
> J'espère malgré tout que l'année sera bonne
> BONNE ANNEE 2006
>
> Guy Padja wrote:
> Bonjour,
>
> Enfin 2006, l’année de tous les espoirs. Je
> l'espère!
>
> En tout cas, mon vœu le plus cher est que cette
> nouvelle année 2006 t’apporte, à tire d’ailes, tout
> le
> succès et tout le bonheur que tu en attends.
>
> J’en profite pour te dire une fois de plus merci
> pour
> tout ce que j'ai appris en échangeant avec toi à
> Daka.
> Eh, oui, tu es étonné de me l'entendre dire !
>
> C'est pourtant vrai : tu m'as beaucoup apporté. Et
> je
> n'ai pas eu l'occasion de te le confesser.
>
> A propos de l'article sur LES SAIGNANTES, je l'ai
> déjà
> rédigé, mais après relecture, je le trouve un peu
> lacunaire. j'aurais bien voulu revoir le film pour
> mieux étoffer mon "papier".
> Mais puisque je ne peux pas avoir le DVD avant une
> certaine date, je te ferai lire l'article dans son
> état actuel et tu me diraS ce que tu en penses. Et
> alors je le mettrai dans mon blog et dans d'autres
> sites
>
> A bientôt
>
> Mérimé
> Voici, grand-frère La réaction de Thierno (Critque
Sénégalais, Prof de cinéma à l'universté de Bordeaux

bonjour Mérimé,

Pour ces infos. LES SAIGNANTES est un film déroutant
(une critique de Jean=Marie sera bientôt en ligne sur
AFRICINE.COM ; je finis de rédiger la mienne aussi) et
jouissif.

C'est une écriture fondamentale nouvelle (mise en
abyme, réflexivité, un peu d'érotisme, ...)
Je soutiens Jean=Pierre BEKOLO en butte aux ciseaux de
Dame Anastasie.

Thierno

>
je suis tout à fait d'accord avec toi. Il faut
absolument réagir. Ce combat nous concerne tous. Ce
n'est pas la peine de se limiter aux petites
jérémiades internes.

Mérimé



"sardi m.nasser" a écrit :
Date: Mon, 2 Jan 2006 15:31:11 +0100 (CET)
De: "sardi m.nasser"
Objet: activités de l'ATPCC
À: africine@yahoogroupe.fr
Bonjour à tous,
D'abord, et pour finir une fois pour toute avec les bons sentiments et les bisous, que notre année 2006 soit gorgée de films africains, et que nous aurons l'occasion de voir partout en Afrique ( on peut toujours rêver en ce début d'année!); qu'elle soit aussi pleine de bons articles des critiques africains et de débats porteurs et interéssants (là, c'est un souhait!).
Je dis ça parceque il y en à marre de toutes ces censures et de tous ces obstacles qui ne cessent d'être étalés sur le chemin des artistes africains! il y en marre aussi de toutes ces jérémiades des hommes des médias qui ne font que rouspéter avec des pantoufles dans les pieds! Que chacun prends ses responsabilités!
Je suis avec Jean pierre, ce qui arrive aux"Les Saignantes" ne doit pas être cautionné par un silence complice ou par une riposte au niveau du seul yahoo groupe!
Ceci dit, j'ai le plaisir de vous informer que l'ATPCC a fêté le nouvel an en fonfares - - le 27/12 /2005:elle a organisé la Soirée du court métrage avec la projection de sept courts tunisiens datants de 2002 à 2005, de deux autres un peu plus vieux mais qui n'ont pas eu un sortie adéquate, et un dernier en avant premiére mondiale; le tout en présence
de cinq réalisateurs , d'une salle comble, et de plusieurs stations de radio. C'était vraiment la grande fête.
- du 05 au 08/01/2006: nous organisons Les journées du cinéma noir africain avec la rojection de cinq longs métrages et 3 courts, accompaanée d' atelier d'écriture et d'un forum consacré au cinéma sub-saharien et à la lecture des articles de l'atelier.
Je vous promets plus d'information sur le site Africiné.
naceur Sardi

MONAS

c'est quoi cette merdouille de censure qui risque de nous pourrir cette
année nouvelle? ça risque de "saigner". veut-on reduire "les
saignantes" au "silence de la forêt"?
balufu

Mon cher Jean Pierre,
D'abord, meilleurs voeux pour cette année 2006, je te souhaite beaucoup de réussite et de succès dans toutes tes entreprises. Moins de stress, beaucoup de joie.
C'est quoi cette censure qui menace ton film?! Je ne savais pas que les Saignantes étaient sorties! S'il y a censure, cela veut dire que certains se reconnaissent dans ce film! N'ayant pas vu le film, je peux guère faire de commentaires, mais à lire les réactions des uns et des autres, cela veut dire que le film dérange, et si ça dérange, c'est bon. Ecoute, je vais faire suivre ce mail à pas mal de gens si tu le permets, tiens bon, courage.
Affectueusement,
Marie Rose.


(information publiée sur le site d'Africultures, source : informations communiquées par l'association Cinépresse des journalistes critiques de cinéma du Cameroun, le cinéaste Jean-Pierre Bekolo et issues du quotidien de Yaoundé Mutations) Suite a la projection de Presse à Yaoundé du film "Les Saignantes" du cinéaste camerounais Jean-Pierre Bekolo, à laquelle a assisté M. Tentchou Emmanuel, président de la commission de censure de cinéma au Cameroun, celui-ci a rédigé une note a l'attention du ministre de la Culture Ferdinand Oyono où
il caractérise le film de "contre le régime" et de "pornographique". Il a réuni le 30 décembre cette commission qui ne se réunit qu'exceptionnellement, laquelle a proposé de couper plusieurs scènes dans le film et de ne l'autoriser alors à sortir qu'assorti d'une interdiction au moins de 18 ans. Le cinéaste a indiqué de pas vouloir opérer de coupes et la décision est maintenant dans les mains du ministre. Dans son article dans Mutations du 3 janvier 2006 intitulé : Le Mincult veut censurer "Les Saignantes", Jules Romuald Nkonlak parle de "remise au goût du jour de pratiques qu'on croyait révolues". Voici la suite de son article : Joint au téléphone hier soir, M. Tentchou n'a pas souhaité donner un avis sur cette question. "Il n'y a pas de menace. C'est le ministre d'Etat chargé de la Culture qui est le président de cette commission et c'est lui le seul à rendre publiques ses décisions", a-t-il déclaré. La décision du ministre
d'Etat Ferdinand Léopold Oyono, qui, d'après les informations en notre possession devait regarder lui-même le film pour trancher, est encore attendue. La séance de visionnage de vendredi ne s'est pas faite en présence du ministre, et même le secrétaire général du ministère n'a regardé le film qu'à une autre occasion, après que Jean Pierre Bekolo le lui ait apporté, avant de le transmettre au ministre. En attendant la décision du ministre, la commission a déjà demandé qu'un certain nombre de coupes soient effectuées dans le film. Il s'agit notamment de scènes qui sont jugées pornographiques et de celles qui font allusion au Cameroun. Pornographie Même si l'action du film se déroule en 2025, il est clairement indiqué qu'elle se déroule à Yaoundé au Cameroun. Ce qui ne plait pas aux responsables du ministère de la Culture, qui veulent que l'action se déroule dans un lieu imaginaire et qui ont, en plus, exigé que la mention "Interdit au moins de 18 ans" soit
indiquée, après que les différentes coupes aient été effectuées. Pire encore, les membres de la commission de censure ont déclaré qu'ils auraient dû être présents pendant le tournage pour indiquer ce qu'il fallait montrer. Jean Pierre Bekolo, lui, pense que les coupes exigées n'ont pas de sens et précise qu'il ne les fera pas. "On n'ajuste pas une oeuvre pour s'accommoder d'un système. Le film n'attaque personne. Il n'est pas pornographique. Parce qu'on montre le corps noir ça devient pornographique ?", s'offusque le cinéaste, qui a pris un an à monter ce film auquel il a voulu donner un sens bien précis. "C'est une réponse à notre société. C'est un film qui essaie d'innover dans la forme. Nous n'avons pas inventé un genre propre à nous. Le cinéma n'existe pas vraiment chez nous. On le méprise un peu. Ce qui se passe actuellement, c'est plus une absence d'identité que de la censure", poursuit-il. Pour le cinéaste, il faut aborder un certain nombre
de questions et surtout se servir de son métier pour faire avancer les choses. "Si on censure ce film, ça veut dire qu'on veut que les choses restent telles qu'elles sont. Je ne veux pas m'adapter à cet environnement. Nous fonctionnons dans un monde qui n'est pas camerounais", pense Jean-Pierre Bekolo. On a également appris qu'au ministère de la Culture, on se serait indigné du fait que Jean Pierre Bekolo ait tourné un film pornographique avec "l'argent qu'on lui a donné". Or, le cinéaste tient à préciser que les 10 millions de Fcfa qu'il a perçus de l'Etat camerounais, même s'ils ne sont pas insignifiants, contribuaient à un budget de 300 millions de Fcfa. En plus, cet argent a payé des Camerounais qui ont travaillé sur ce film, financé en grande partie par le gouvernement français et la chaîne Tv5. On attend donc la décision du ministre Ferdinand Oyono et Jean Pierre Bekolo préfère rester confiant: "Je fais confiance en leur intelligence",
affirme-t-il.

Félicitations jean pierre (excuse moi pour cette intimité),
Tu as bien fais de tenir bon; un créateur ne doit jamais laisser
charcuter
son oeuvre par des bureaucrates, même au risque de ne pas sortir sa
création!
A tunis, nous serons trés heureux de voir ton film;peut être lors des
JCC
2006!

naceur sardi

ATPCC


quelques réactions du groupe Africiné des journalistes et critiques de
cinéma
Je me joins bien sûr à ces réactions positives !
amitiés
Olivier

Olivier Barlet
président d'Africultures
olbarlet @ africultures.com
www.africultures.com
Adresse : Les Pilles
F - 26110 Nyons
Tél : +33 (0)4 75 27 74 80
www.afriblog.com
www.afriphoto.com
www.africinfo.org
www.afrilivres.com
www.revues-plurielles.org
----- Original Message -----
From: "Mohamed BAKRIM"
To:
Sent: Monday, January 09, 2006 3:03 PM
Subject: Re: [Africine] A propos de Les Saignantes : DECISION


félicitations et bonne sortie pour ton film; espérons que ce vent de
tolérance continuera à souffler sur l'afrique; au Maroc il y a une
grande
polémique autour du nouveau film de Leila Marrakchi, Marock (voir
article et
interview réalisés par olivier barlet): le camp conservateur tente par
tous
les moyens de bloquer la sortie du film; le paradoxe aujourd'hui au
maroc
c'est que la censure risque de venir de la société et non plus des
instances
officielles
bon courage à tous
bakrim
association aflam des critiques et journalistes de cinéma (maroc)


bonjour à tous,
Le message de Mohammed a éveillé mon attention et je suis aller
chercher sur
internet des infos sur la polémique autour de Marock. Voici un article
du
Matin mais nos amis marocains ont peut-être d'autres infos à nous
fournir
pour alimenter nos articles sur les envies de censure !
Apparemment, la réalisatrice a été très attaquée à Tanger !

Personnellement, j'aime bien les Saignantes et ai par contre émis de
fortes
réserves sur Marock (mes articles sont en ligne sur le site
d'Africultures,
ainsi que les interviews des réalisateurs) mais en tout cas ces films
ne
méritent pas la censure !!
Cette question de la censure pourrait d'ailleurs faire l'objet d'un
intéressant débat !
amitiés
Olivier


Cher Jean-Pierre,

Je te presente aussi mes meilleurs voeux pour ce nouvel an. Qu'il t'apporte tout le bonheur et le succes que tu souhaites et merite. Je viens de prendre connaissance de ton e-mail car mon ordinateur m'avait lache en fin d'annee. Que se passe-t-il exactement? Ont-ils vraiment eu l'audace de censurer "Les Saignantes"? Je viens de lire sur Africulture qu'on reprochait au film d'etre "pornographique". Est-ce vrai? Si oui, de qui se moque-t-on? Ya-t-il pire pornographie que celle commise par nos elites offrant notre Afrique a un spectacle mediatique de prostitution (ils traitent l'Afrique comme une garce). Il me semble qu'ils sont tres peu qualifies pour poser un jugement moral sur "Les Saignantes" etant donne que comme tu le dis si bien ils ont fait de la mort un festin, du corps nubile de l'Afrique un bordel.

J'espere que la reunion annoncee de vendredi dernier a ramene les personnes concernees a de meilleurs sentiments et que le film est actuellement en train de raffler le box office camerounais. Tiens moi informe des dernieres nouvelles.

Je t'informe aussi que je me prepare pour mon voyage sur Paris le 31 Janvier pour ma rentree a Paris III (Sorbonne Nouvelle) le 6 fevrier. Je vais y passer un semestre a enseigner et a faire mes recherches pour ma these, comme tu le sais.

Alors , tiens bon le combat. Tu as mon soutien inconditionnel. Si tu as besoin d'un mot quelconque ou si tu veux qu'on mobilise les gens de ce cote aussi de l'Atlantique et du Pacifique, fais-moi signe. Il est important que ton film repousse aussi loin que possible la censure d'Etat.

Porte-toi bien et a tres bientot.

Aboubakar, Rada, Fatima et Amina

Bonjour à toutes et à tous,
J’hallucine ! Je chavire ! Je tombe raide mort !
Que des journalistes et des intellectuels essaient de
justifier la censure par des raisons morales,
religieuses ou culturelles !
Que ces mêmes détendeurs du « quatrième pouvoir » et
pionniers dans l’art d’ouvrir des nouveaux horizons,
se posent en objecteurs de consciences en donnant une
carte blanche à l’administration pour contrôler la
production intellectuelle et artistique !
Qu’ils se posent aussi en censeurs en liant la
parution d’une œuvre à son visionnage ou à sa lecture
!
Voilà, pour moi, le comble des malheurs de notre
continent !
Vous imaginez que selon votre vision, il n’aurait pas
eu un Rousseau, parce qu’il n’avait pas le droit de
mettre en doute la féodalité ; ni nul prophète, parce
qu’ils dénigraient les croyances existantes ; et j’en
passe sur Eseinstein, galillée ou Sartre qui auraient
pu heurter les sensibilités de leurs époques !
D’ailleurs, une sequence de nu qui peut vous choquer,
est facilement admise en Nouvelle Guinée ou au Japon,
alors un cinéaste doit-il faire une version pour
chaque sensibilité !
Bref, vous êtes pour l’ordre établi, pour ce qui ne va
pas à l’encontre de vos opinions et pour un droit de
regard sur tout ce qui se crée.
Seulement vous oubliez qu’un artiste est, par essence,
un agitateur de consciences, donc, il transgresse et
va au-delà de ce qui est établi ; alors qu’une
administration est, par définition, le plus grand
défenseur de cet ordre ;
« Par tous les saints ! » comment pouvez-vous
permettre à une monotonie de juger la sève même de la
création : les artistes et leurs œuvres !!!

Naceur Sardi




Concernant la censure, je dis toujours que c'est une
affaire très sérieuse pour la laisser aux mains des
poliiques qui sont dans des logiques clientélistes et
de séduction.

Au Sénégal où on aime bien les aberrations, pour faire
un film il faut la signature du MINISTRE de la Culture
et de celui de l'Intérieur. Puis pour la diffusion il
y a une commision dite de contrôle qui ne contrôle
rien, sauf quand KARMEN GEÏ étreint quelque femme.

Jean-Pierre BEKOLO le dit bien : c'est la nudité de la
femme africaine qui dérange bon nombre d'Africains ou
autres. En tant que sociologue, j'ai fait des enquêtes
de terrain autour des cinéphiles au Sénégal en juin
2004. Un spectateur m'a dit texto : cela ne nous
apparitient pas de dénuder nos femmes à l'écran.
C'était devant le cinéma AL AKBAR du quartier NIARY
TALLI (oui on pourait croire Zouhour que c'est "Deux
Italies" en wolof au lieu de quartier "Deux Voies").
Le cinéma AL KABAR est devenu un temple évangélique
(il paraît que c'est courant au Congo Brazza ce genre
de reconversion, c'est le cas de le dire).

Censure préventive tu dis Oumar. Arlette, comme
Zouhour, est adepte de Saint-Thomas : voir pour
croire. J'ai vu le film et discuté avec le réalisateur
(c'était la troisème projection du film et la première
africaine au Théâtre SORANO de Dakar). Il y a de la
nudité, mais ce n'est pas pornographique.

La définition de la pornographie c'est : "actes
sexuels non simulés devant la caméra". Je partage la
tempérance du réalisateur d'accepter l'interdiction au
moins de 12 ans. Je termine mon article sur LES
SAIGNANTES bientôt. Il y a celui de Mérimé (à venir)
et celui de Jean-Marie sur le site :
http://www.africine.com/?id_text=58&tb=critiques&rep=/critiques.



Je suis peut-être mécréant, mais même Salman RUSHDIE
il ne fallait pas le censurer (et pourtant je trouve
son texte abominable et blessant pour le musulman
sincère que je suis).



Je ne suis pas KARMENôlatre, mais j'étais pour ce film
et j'ai écrit au Ministre sénégalais de la Culture
pour dénoncer la lâcheté de son gouvernement. Je pense
que le spectateur est souverain et bien plus
intelligent qu'on le croit. Donc je n'adhère pas à la
censure (préventive ou pas). Mais l'on peut veiller à
l'âge d'accès à certains films.

Je ne vous raconte pas les cris étouffés à SORANO
devant la séquence d'ouverture de LES SAIGNANTES.
Entre les rires gênés, les appréciations salaces (en
wolof) sur le corps et la technique d'Adèle et les
indignations ("mooyèèèn" : "c'est quoi ça", en wolof).



Théoriquement Ramaka est dans l'illégalité en
diffusant chez le chef de parti du PIT, Amath
DANSOKHO, son nouveau film documentaire "ET SI LATIF
AVAIT RAISON ?". Iil faut une autorisation pour faire
entrer un film au Sénégal. Le fait que la projection
soit privée m'interroge. Mais les textes (le Code de
la Cinématographie au Sénégal) sont si flous et fous
(pleins d'aberration et de contradiction) qu'il y a
des intertisces où on peut se glisser. Cela fera
jurisprudence.

A bientôt

Thierno

Facilitateur AFRICINE.COM (Dakar)

Radio Campus Bordeaux.
<><><>
salut les gars!!!
et si on décidait de marier Zouhour et Nasser ???? Ce
serait formidable non!
Gaïndé c'était juste une blague.
Pour les saignantes, je crois que l'idéal ce serait
d'organiser des séances de visionnage et pourquoi pas
après organiser un "big" atelier sur la censure, et
tous les membres de l'Africiné vont y prendre part.
le débat est "posé"
A+




Je me demande si nous parlons la même langue ! comme
on le dit chez nous, tu as djo en brousse ! il n’est
pas question de donner carte blanche à
l’administration pour contrôler entièrement la
production artistique ! en toute chose il faut quand
même une juste mesure, et non un comportement ou
réaction extrémiste, surtout en matière d’art, surtout
quand on sait que son appréciation fait appel à la
subjectivité !. Ce n’est pas parce que tu es
journaliste et que tu vas permettre une apparition
incontrôlée de toutes créations artistiques sur le
marché, des productions accessibles à tout public ! Je
suis pour une autorisation de films après EXAMEN et
\ou l’interdire à un public bien précis, en obligeant
le réalisateur à y ajouter certaines mentions ou
AVERTISSEMENTS comme ce fut le cas pour Les
Saignantes ! J’espère qu’on se comprend maintenant !
Le problème souvent en Afrique avec ces gens sensés
examiner les films, est qu’ils abusent de leur
pouvoir, et se donnent le droit d’interdire leur
sortie pour des raisons personnelles (souvent parce
qu’on s’attaque à leur pouvoir)! Cela n’est pas
acceptable du moment ou tourner un film nécessite un
grand travail,du temps et une somme importante
d’argent ! Pour le cas du Cameroun, les journalistes
se sont mobilisé et ont remporté une VICTOIRE .
Pourquoi ? parce que ceux qui l’ont visionné ont
trouvé que c’était une belle œuvre qui ne méritait pas
cette censure ! super donc ! mais quelle position
voulez vous qu’adoptent les journalistes du mailgroup
qui ne l’ont pas vu ? dites moi ! a part celle de
spectateur, je ne vois pas !

Je profite remercier Thierno pour son témoignage à
propos de « les saignantes! »

Au fait de nos jours, quel mal y a-t-il à montrer le
corps d’une femme ou d’un homme ? Au soudan, ou
j’étais, les gars se promènent à poil, les femmes
torse-nu et portant juste une jupette ! Aucun
autochtone ne se plaint, meme les autres qui y vont se
regalent des yeux ! Nous qui étions habillé, nous
étions objet de curiosité pour eux ! Meme dans
certains villages africains, reculés de la ville,
certains habitants vivent bien presque nu .Autre
exemple, actuellement, on encourage le port des
préservatifs pour lutter contre le sida et qu’utilise
t-on pour montrer comment les porter ? un pénis en
bois ! et pour le port des préservatifs féminin? et
qui se plaint ? Personne ! Alors si le réalisateur
fait appel au corps de la femme pour l’histoire de son
œuvre, pourquoi être choqué quand ce dernier à un but
bien précis? Je n’y trouve rien de choquant, non plus
!

Je suis bien curieuse de savoir si Sardi a vu « les
saignantes » ? en ce qui me concerne,je ne porte pas
de jugement sur une œuvre tant que je n’en ai pas
connaissance ou que je ne l’ai pas vu , je préfère
laisser la PRIORITE à ceux qui sont plus outillés !


--- "sardi m.nasser" a écrit
Le Quotidien Mutations (Yaoundé)

Cinéma : le Mincult veut censurer "Les Saignantes"

3 Janvier 2006
Publié sur le web le 3 Janvier 2006

Par Jules Romuald Nkonlak


La décision de Ferdinand Oyono sur le film de Jean Pierre Bekolo est attendue.

On ne verra peut-être pas de si tôt "Les Saignantes", le tout nouveau film de Jean Pierre Bekolo. La projection qui était prévue le 1er janvier 2006 a été renvoyée pour plus tard. D'après le cinéaste, on pourrait l'avoir finalement à l'occasion des fêtes de la jeunesse (11 février) et de la femme (8 mars). Mais le problème, c'est beaucoup plus la menace de censure qui pèse actuellement sur le film et qui vient remettre au goût du jour des pratiques qu'on croyait révolues. Vendredi dernier, 30 décembre 2005, la commission de censure du ministère de la Culture s'est réunie précipitamment pour regarder le film du cinéaste camerounais. A l'origine de la réunion de cette commission presque oubliée, une correspondance faite jeudi par M. Emmanuel Tentchou, son président, envoyée au ministre d'Etat en charge de la Culture. En fait, le président de la commission de censure, qui a assisté à la projection spéciale pour la presse, mercredi dernier, a pensé qu'il avait un contenu pornographique et s'opposait au régime en place.

Joint au téléphone hier soir, M. Tentchou n'a pas souhaité donner un avis sur cette question. "Il n'y a pas de menace. C'est le ministre d'Etat chargé de la Culture qui est le président de cette commission et c'est lui le seul à rendre publiques ses décisions", a-t-il déclaré. La décision du ministre d'Etat Ferdinand Léopold Oyono, qui, d'après les informations en notre possession devait regarder lui-même le film pour trancher, est encore attendue.

La séance de visionnage de vendredi ne s'est pas faite en présence du ministre, et même le secrétaire général du ministère n'a regardé le film qu'à une autre occasion, après que Jean Pierre Bekolo le lui ait apporté, avant de le transmettre au ministre. En attendant la décision du ministre, la commission a déjà demandé qu'un certain nombre de coupes soient effectuées dans le film. Il s'agit notamment de scènes qui sont jugées pornographiques et de celles qui font allusion au Cameroun.

Pornographie


Même si l'action du film se déroule en 2025, il est clairement indiqué qu'elle se déroule à Yaoundé au Cameroun. Ce qui ne plait pas aux responsables du ministère de la Culture, qui veulent que l'action se déroule dans un lieu imaginaire et qui ont, en plus, exigé que la mention "Interdit au moins de 18 ans" soit indiquée, après que les différentes coupes aient été effectuées. Pire encore, les membres de la commission de censure ont déclaré qu'ils auraient dû être présents pendant le tournage pour indiquer ce qu'il fallait montrer. Jean Pierre Bekolo, lui, pense que les coupes exigées n'ont pas de sens et avoue qu'il ne les fera pas. "On n'ajuste pas une oeuvre pour s'accomoder d'un système. Le film n'attaque personne. Il n'est pas pornographique. Parce qu'on montre le corps noir ça devient pornographique ?", s'offusque le cinéaste, qui a pris un an à monter ce film auquel il a voulu donner un sens bien précis. "C'est une réponse à notre société. C'est un film qui essaie d'innover dans la forme. Nous n'avons pas inventé un genre propre à nous. Le cinéma n'existe pas vraiment chez nous. On le méprise un peu. Ce qui se passe actuellement, c'est plus une absence d'identité que de la censure", poursuit-il.

Pour le cinéaste, il faut aborder un certain nombre de questions et surtout se servir de son métier pour faire avancer les choses. "Si on censure ce film, ça veut dire qu'on veut que les choses restent telles qu'elles sont. Je ne veux pas m'adapter à cet environnement. Nous fonctionnons dans un monde qui n'est pas camerounais", pense Jean-Pierre Bekolo. On a également appris qu'au ministère de la Culture, on se serait indigné du fait que Jean Pierre Bekolo ait tourné un film pornographique avec "l'argent qu'on lui a donné". Or, le cinéaste tient à préciser que les 10 millions de Fcfa qu'il a perçus de l'Etat camerounais, même s'ils ne sont pas insignifiants, contribuaient à un budget de 300 millions de Fcfa. En plus, cet argent a payé des Camerounais qui ont travaillé sur ce film, financé en grande partie par le gouvernement français et la chaîne Tv5. On attend donc la décision du ministre Ferdinand Oyono et Jean Pierre Bekolo préfère rester confiant: "Je fais confiance en leur intelligence", affirme-t-il.
MUTATIONS

INTERVIEW
6 Janvier 2006
Publié sur le web le 6 Janvier 2006

Jean Pierre Bekolo : ce film est une mise en garde

Propos recueillis par Jules Romuald Nkonlak


L'auteur du film "Les Saignantes" revient sur sa production, sur l'état d'avancement de la procédure de censure au niveau du ministère de la Culture et sur la crise du cinéma au Cameroun.

Le ministre de la Culture devait regarder votre film, après la commission de censure, et donner une décision. Qu'en est-il ?

Je dois reconnaître que j'ai eu des oreilles attentives au ministère, qui ont bien voulu qu'on parle de cinéma. On a discuté cinéma et c'est ça qui était assez positif. Apparemment, sur invitation du ministre, la commission est à nouveau convoquée pour vendredi [aujourd'hui, ndlr] pour rediscuter point par point tous les aspects qui sont reprochés au film. Il est clair que rien ne sera coupé dans le film. Les discussions qui auront lieu sont plus d'une autre nature, les avertissements... Je crois que si on repart pour un deuxième tour, c'est parce que les esprits sont plus positifs. Maintenant je suis plus optimiste par rapport au fait que le film ne sera pas coupé.

On attendait déjà Les Saignantes lors de la dernière édition des Ecrans Noirs. Qu'est-ce qui s'est passé ?

Le film n'était pas prêt. L'occasion était ratée et on s'est dit qu'on va reporter.

Cette fois-ci, on annonce la sortie officielle. Le film est donc enfin prêt...

Il est prêt. J'ai fini mon travail de réalisateur, producteur, monteur et peut-être même distributeur quelque part. Il est là le film, la prochaine étape c'est de le sortir. Ce n'est pas seulement venir comme un homme d'affaire qui essaie de vendre son produit. Il faut trouver une cohérence dans la démarche, depuis l'idée jusqu'à la sortie du film et je suis parti de l'idée que le cinéma est presque mort chez nous. Pour qu'il y ait cinéma, il faut qu'il y ait des financements, il faut qu'il y ait tous les secteurs d'activité, qu'il y ait un public, des salles, que toute la chaîne existe. C'est un secteur d'activité qui ailleurs remporte des milliards. Aujourd'hui tout ça n'est pas en place et il s'agit de retrouver une cohérence par rapport à l'idée de créer quelque chose.

Beaucoup de choses ont changé dans le cinéma, aussi bien la technologie que les comportements de consommation. Il y a eu la télévision, il y a eu le Dvd. Tout ça, nous devons le prendre en compte ert affronter, c'est le cas de le dire, tous ces changements pour permettre qu'un cinéma renaisse au Cameroun. Tout ça ne va pas sans le film lui-même, parce que si le contenu du film ne permet pas au cinéma d'être relancé, je crois que ce sera des efforts pour rien. Le film est là. La question qui se pose c'est est-ce que nous voulons relancer le cinéma et comment nous voulons le faire.

Qu'avez-vous entrepris dans ce sens-là ?

En ce moment, nous sommes en train de contacter tous les partenaires possibles, c'est-à-dire toute la communauté des gens que le cinéma intéresse et qui voudraient qu'un cinéma puisse exister chez nous avec de nouvelles idées, les technologies, les salles qui n'existent plus, qu'on essaie un peut de tout mettre en place. Je suis un peu là pour ça, avec un film, pour qu'on puisse permettre aux jeunes de voir quelque chose. Les jeunes naissent et grandissent parfois sans voir un film camerounais. C'est quand même aberrant, surtout quand on sait ce qu'ils voient. Qu'on le veuille ou pas, ils se posent des questions. Les jeunes ont le plus besoin d'avoir confiance en eux-mêmes, en ce qu'ils sont, en leurs origines, en leur culture et en leurs capacités.

A partir du moment où ils sont nés, ils n'existent pas. Et le fait qu'ils n'existent pas dans tous les films qu'ils regardent crée un truc énorme dans l'inconscient des jeunes, qui fait que, finalement, le regard qu'ils portent à ce qu'ils sont pourrait être affaibli à tout moment. La confiance qu'ils ont en leurs capacités personnelles face aux autres est plus fragile que celle des personnes qui naissent dans un environnement où ils se voient mis en valeur. Si au moins les images qu'ils regardent dans les films ou à la télévision étaient neutres... L'Afrique c'est une catastrophe, ce qu'on dit de l'Afrique, ce qu'on montre de l'Afrique... Et finalement, les jeunes intègrent ce discours qui est destructeur pour l'Afrique.

Il s'agit donc d'un film pour les jeunes ?

On se retrouve à ramer à contre-courant, à essayer d'imposer une culture des jeunes. Avec Les Saignantes, c'est une culture des jeunes, aussi bien dans la forme que dans le contenu. On dit que 50% de la population africaine a moins de 15 ans. Ça veut dire qu'en fait, l'Afrique c'est une grande école maternelle et quelque part on se comporte comme si c'est une tranche de personnes, qui ont parfois 50 ans et plus, qui compte, alors que la moitié de la population a moins de 15 ans. Comment on leur explique des choses compliquées ? Comment on les séduit ? Comment on leur parle ? Quand on dit cinéma, le cinéma n'existe pas, le cinéma c'est un support, c'est un moyen de dire les choses. Quand vous voyez quelqu'un au cinéma, vous avez vu quelqu'un. C'est un support qui permet d'analyser la vie, de commenter la vie et même de l'expliquer. On fait ce travail de spéculer sur la vie. Ça crée le débat et c'est ça la connaissance. Tous les savoirs que nous acquérons sont parfois très loin de nous. A aucun moment il n'y a un travail de comparaison entre notre quotidien, ce à quoi nous aspirons et ce qui se fait ailleurs.

Vous parlez d'une éducation qu'il y a à faire, d'un cinéma qu'il faut créer. N'est-il justement pas un peu tôt pour faire un film de science-fiction ?

Tôt par rapport à quoi, quand aujourd'hui les chaînes de télévision étrangères montrent ces films-là ? Quand on regarde la télévision, on regarde la télévision. Quand on va au cinéma, on va au cinéma. Mais nous, ce serait tôt par rapport à quoi, puisque nous allons voir les autres choses et on grandit avec. Quel sera le bon jour ? On a une place dans ce qu'on consomme déjà, de toutes les façons, et qui vient des autres. Au contraire, on aurait déjà dû y être depuis très longtemps.

Maintenant, dans mon film, ce n'est pas de la science-fiction, c'est de la spéculation. Quand on dit "Et si les extraterrestres étaient là ? Si le Cameroun était la première puissance mondiale ? Et si...", on spécule. Dans le film en 2025, je spécule. Et si on continue avec cette culture de la mort, de la corruption, où les gens passent la moitié de leur temps dans les deuils, si on continue avec tout ça où on accepte tout et n'importe quoi, où est-ce qu'on sera ? L'anticipation ici est une espèce de mise en garde. Et c'est ce qui m'intéresse justement dans le cinéma parce que tout est discours, tout a un sens finalement. Au lieu de faire du cinéma comme les autres qui eux n'ont pas besoin d'être en 2025. Cette date doit avoir un sens. Tout doit avoir un sens. Je ne fais pas un film de divertissement. Ceux qui veulent le divertissement, ils vont l'avoir, mais ceux qui cherchent un sens, il y est certainement. C'est pour ça que quelque part, on ne fait pas le même métier, les films de Hollywood ou les films africains, ce n'est pas forcément le même métier. Celui-ci fait des lettres, l'autre écrit des rapports dans un ministère, un autre écrit des romans, ils écrivent tous, mais ce n'est pas le même métier.

Quelques mots sur le contenu et le sens du film...

Le principe d'identification est très important. A partir du moment où on suit un comédien, nous devenons le comédien ou la comédienne, en ayant déjà quelqu'un à qui s'identifier. Aujourd'hui il n'y a personne avec qui les jeunes peuvent s'identifier. Il fallait que les filles soient belles, que ceux qui les regardent puissent les aimer. Ça reste le sens du message derrière. Il fallait que ce pays, même si on tourne de nuit, et c'est même pour ça que j'ai tourné de nuit, qu'on le réinvente. Avec la lumière, on peut le réinventer. Du coup, le même Yaoundé, on se dit qu'on ne savait pas que ça pouvait être aussi beau.

Même si le film est une critique, je crois que dans le traitement on est obligé de se valoriser et de montrer toutes les capacités qui sont les nôtres.

Dans le film, on parle du Mevungu, qui est un rite traditionnel chez les femmes beti. J'utilise ça pour dire qu'on fait un film moderne, on parle des saignantes, mais peut-être qu'il y a une version ancestrale de cela. Il n'y a pas de conflit entre le passé, l'avenir. On est ce qu'on est, on peut très bien être en avance et on n'a pas besoin qu'une autorité vienne nous dire que vous êtes développés, là vous avez atteint le point d'achèvement. On fonctionne comme si on attendait toujours une institution qui va nous dire ce qu'il y a à faire. Nous-mêmes au quotidien nous devons être en mesure de gérer cette histoire-là.

Il y a des cartons dans le film, dont un qui demande "comment faire un film d'anticipation dans un pays qui n'a pas d'avenir?" Il y a un autre qui dit "Comment faire un film d'horreur dans un endroit où la mort est un fête ?" Il y a encore des pays où la mort fait peur, mais ici elle est banalisée. Pourtant, la mort il faut la combattre. C'est quand même un ennemi de la vie. C'est bien d'effrayer, parce que personne n'aime la mort.

Est-ce qu'on peut considérer qu'il y a une rupture entre Les Saignantes et les films réalisées avant par Jean Pierre Bekolo? Je pense notamment à Quartier Mozart.

C'est toujours un risque. On dit que chaque film doit redéfinir le cinéma. Chaque film qu'on fait, si on le réussit, donne une nouvelle définition du cinéma. Il n'est pas complètement inventé, il est à réinventer chaque fois. Quartier mozart, j'avais 24-25 ans, 12 ou 13 ans plus tard, je ne suis plus la même personne, j'ai appris beaucoup d'autres choses. Elles doivent se retrouver dans ma manière de faire du cinéma. La définition du cinéma que j'avais quand je faisais Quartier Mozart n'est plus la même que j'ai aujourd'hui. Il faut redéfinir chaque petite chose : l'image, le montage, la musique, les personnages... c'est toujours une tentative et on peut la rater. Je ne suis pas dans une mode industrielle où on produit, comme dans une usine de voiture où on produit l'une après l'autre.

Sinon je ne serais pas là, je serais peut-être à Hollywood en train d'essayer de travailler dans une chaîne de télévision, je produirais de manière mécanique des oeuvres audiovisuelles. Mais je dois m'exprimer, je dois dire quelque chose et en même temps maîtriser le langage de l'image et du son, tout en parlant en public qui peut-être ne connaît pas ce langage, mais que j'essaie de tenir par la main, autant que je peux. Parfois je peux le lâcher, parfois c'est lui qui se perd, mais il y a quand même comme un jeu, pour créer un objet dans lequel on met ce qu'on est soi-même.



Concernant le tournage du film Les Saignantes, a-t-il connu des difficultés particulières ?

Il y a le fait d'avoir à porter plusieurs casquettes, alors qu'il n'y a qu'une seule partie qui nous intéresse. Réaliser, monter, il y a des parties plaisantes, mais tout ce qui est production pure, ce n'est pas vraiment plaisant, je n'aime pas beaucoup ces parties-là. Et puis après il y a tout le côté commercial qui m'agace profondément. Le fait de venir dans un pays comme le Cameroun tourner un film comme ça, avec le contexte, évidemment, on n'a pas que des problèmes de cinéma. Parce que dans le cinéma nous savons que nous sommes-là pour gérer des problèmes. Quand il pleut, nous voulons arrêter la pluie, nous voulons arrêter les voitures qui passent... mais si en plus on a des problèmes liés à l'environnement. On trouve un terrain où il n'y a pas grand'chose, pas d'infrastructures, pas de personnel, pas d'appui, on est presque des héros finalement. C'est une école, mais c'est intenable. Je comprends aussi pourquoi on ne peut pas espérer l'émergence du cinéma dans une zone a ussi déserte. L'autre difficulté, c'est que je n'ai tourné que de nuit, mais c'était un choix artistique.
MUTATIONS

SUPPLEMENT CULTURE | 05 Jan 2006
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Renc’Art : Potence
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Les Saignantes, le dernier film de Jean-Pierre Bekolo, menacé de censure ? On voudrait que cela ne soit pas vrai.
Par Claude-B. Kingue


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On voudrait que ceux qui révèlent cette menace ne fassent rien moins qu'un procès en sorcellerie au ministère de la Culture. On voudrait qu'ils s'alarment pour rien. Et même voudrait-on que cette affaire soit simplement un moyen détourné pour faire de la publicité à ce film. On voudrait cela, on le voudrait tant.
Car si cette menace est réelle, on aura fait un important bond en arrière. Aussi bien du point de la pratique de la censure elle-même que des motifs au nom desquels l'œuvre de Bekolo devrait être sanctionnée. Il y a longtemps en effet qu'on n'a plus entendu parler de l'administration camerounaise qui censure une œuvre de l'esprit, fût-elle un article.
Les dernières fois remontent au milieu des années 90. Un mot, une allusion ou même une caricature pouvait alors valoir à un journal d'être saisi. Et à ce sujet, certains ministres, gouverneurs et préfets se sont fait une solide réputation. Leur ardeur à la tâche était telle qu'ils amplifiaient des faits anodins et frappaient. Quitte à embarrasser le Renouveau qu'ils croyaient servir. Et même à le couvrir de ridicule. Parions qu'aujourd'hui, ils aimeraient qu'on oublie leur zèle.

Plus de dix ans après, d'où vient celui de certains responsables du ministère de la Culture ? D'où vient ce zèle qui empeste d'anachronisme ? Depuis 1990 et les lois dites des libertés, en effet, critiquer le gouvernement n'équivaut plus à la subversion. Entre-temps, épingler un ministre, et même le président de la République, est devenu courant, quotidien et même banal. Notamment dans la presse locale, qui se consomme par ailleurs plus que le cinéma national. Critiquer le Renouveau aujourd'hui n'est donc ni original, ni héroïque.
En revanche certains griefs faits à Bekolo sont peu honorables de la part de leurs auteurs. Ainsi de celui qui lui reproche de critiquer le Renouveau, alors qu'il a reçu une contribution du ministère de la Culture au financement de son film. Autrement dit, en reconnaissance des 10 millions de subvention reçus, Bekolo ne devrait guère égratigner le régime de M. Biya, si peu cela soit-il. Et même ne pas laisser la moindre critique affleurer dans ce sens.
Une question, dès lors : si pour 10 millions, Les Saignantes devrait être amputé de certains passages, qu'en serait-il pour plusieurs centaines de millions de francs. Et pour un milliard, Bekolo ne serait-il pas voué à la potence ?

Un autre grief est fait aux Saignantes. Celui de se laisser aller, ici ou là, à la pornographie. On voudrait voir, à travers ce reproche, la défense d'une bonne cause. Mais face au silence assourdissant que l'administration camerounaise observe par ailleurs vis-à-vis de toutes les obscénités chantées ou montrées à longueur de journée sur les radios et télés locales, privées comme publiques, on peut s'étonner du subit accès de pudeur du représentant du ministère de la Culture à la projection " Spécial presse " des Saignantes, la semaine dernière.
Certes, il n'est jamais trop tard pour bien faire, dit-on. Mais encore faut-il que certaines approches ne soient pas contre-productives. Exemple : l'accusation d'ingratitude portée contre Bekolo ne donne-t-elle pas au Compte d'affectation spéciale aux initiatives culturelles des objectifs autres que ceux qui sont proclamés ? On croirait en effet qu'il a pour but de satisfaire une clientèle et non de servir un projet pour le développement de la culture.

Quant à l'application de la réglementation sur les bonnes mœurs, elle rappelle ce mot de Fabien Eboussi Boulaga sur l'usage de la loi dans notre société : " La loi n'est pas ce que défendent ceux qui la font, mais c'est ce avec quoi ils se défendent pour garder leurs privilèges ". (cf. Mutations n°1476 du 26 août 2005). C'est sans doute ce qui explique qu'on pourchasse les prostituées dans certains coins de la rue, mais promeut des albums et clips orduriers et même qu'on ouvre parfois les portes du Palais à leurs auteurs. Sans que quelque commission s'en émeuve.


http://www.quotidienmutations.net/mutations/37.php?subaction=showfull&id=1136428086&archive=&start_from=&ucat=37&
Cameroon Tribune (Yaoundé)

"Les saignantes" : ce qui blesse


January 5, 2006
by Alliance Nyobia


Le dernier film de Jean-Pierre Bekolo suscite des remous, en attendant d'être autorisé ou non à circuler au Cameroun.

Aux dernières nouvelles, l'affaire est montée jusqu'à un haut niveau au ministère de la Culture. L'affaire ? Le terme peut effectivement être employé, depuis qu'un dossier administratif en cours de traitement s'est retrouvé sur la place publique. " Les saignantes ", dernière réalisation de Jean-Pierre Bekolo, a été récemment visionné par la Commission nationale du film - laquelle doit s'assurer que tous les produits cinématographiques entrant au Cameroun respectent certaines normes, notamment en ce qui concerne les bonnes moeurs. Après cet examen, la Commission a émis un avis. Selon nos informations, quelques parties des " Saignantes " ont choqué des membres de cette structure, lesquels ont souhaité que le réalisateur les enlève. La perspective n'a évidemment pas enchanté le cinéaste

D'où des remous, dont quelque journal de la place a fait état. Pourtant, à en croire un responsable du ministère de la Culture joint hier au téléphone, " il n'y a aucun problème. Après son examen préliminaire, la Commission, qui est une émanation de la loi, va à nouveau se réunir et travailler ( ) Les problèmes n'existent que dans la tête de ceux qui veulent qu'il y en ait ". D'autres informations indiquent tout de même que l'évolution des choses ne s'est pas déroulée sans heurt. Et qu'il a fallu des instructions de la hiérarchie pour calmer le jeu, en quelque sorte. Quoi qu'il en soit, assure la source susmentionnée, " il y aura des surprises ", pour ce qui est du sort réservé au film.

Approché par CT, Jean-Pierre Bekolo, dont le produit a été taxé de " pornographique " par des membres de la Commission, a refusé d'indiquer quelles images faisaient problème, préférant parler du sens du film dans son ensemble. Expliquant par exemple qu'il dénonce quelques travers de notre société. Notamment les abus des puissants. La classe des politiques pourris est égratignée au passage et le réalisateur - qui est également scénariste, monteur et producteur du film - souligne aussi le pouvoir que peuvent avoir des femmes prêtes à tout L'histoire des " Saignantes " est inspirée d'une histoire vécue au Cameroun par l'auteur. Il n'arrivait pas à rencontrer une autorité malgré toutes les démarches normales, et n'y est parvenu que grâce à l'aide d'une jeune femme qui avait eu vent de son problème " au quartier ".

Jean-Pierre Bekolo en a déduit que les jeunes filles expérimentent très tôt la corruption et décide de travailler sur le sujet. L'écriture a commencé en 2000, le film a été tourné entre mars et juillet 2004 à Yaoundé et ses environs et le montage a pris une année. La suite de l'affaire est attendue.


http://www.cameroon-tribune.net/article.php?lang=Fr&oled=j17012006&idart=31764&olarch=j05012006&ph=y
LE MESSAGER

Cinéma Les Saignantes, ce film troublant

Par Jean François CHANNON Le 16-01-2006

Le réalisateur camerounais Jean Pierre Bekolo vient de finir son nouveau film “ Les Saignantes ” dont la thématique plonge dans le vécu, quotidien. Un chef d’œuvre en tout cas, dont on entendra parler aussi bien au Cameroun qu’à l’étranger. Annoncé aux Ecrans noirs 2005, Les Saignantes, le merveilleux film (aussi bien du point de la thématique que de la qualité des images) de Jean-Pierre Bekolo, le réalisateur de “ Quartier Mozart ”, est enfin disponible. La projection presse a eu lieu le 28 décembre dernier au Palais des congrès, alors que celle de la commission nationale de censure basée au ministère de la culture s’est déroulée deux jours après. De toutes les façons de l’avis du secrétaire général du Mincult que Le Messager a contacté, “ le film tel qu’il a été traité ne saurait souffrir d’une quelconque censure, contrairement à la rumeur qui a été répandue ça et là. La commission fera son travail comme le recommande la loi. Le reste n’est que distraction.” En tout cas, on serait bien étonné d’entendre qu’un film aussi bien travaillé, que ce soit au niveau du scénario ou de la réalisation, puisse être interdit de projection au Cameroun. D’abord parce que c’est un film que l’on peut affubler de superlatifs, tellement il est saisissant de par la thématique centrale qui donne une place de choix à la magnificence du corps aussi bien dans sa dimension physique que ontologique. Ensuite, parce que cela fait un temps relativement long que l’on a pas vu au Cameroun une réalisation d’aussi bonne qualité. La scène qui ouvre le film est la célébration des sens liés au corps. Une jeune fille et un adulte en plein ébats amoureux, laissant ainsi voir la vitalité de leurs corps respectifs. L’adulte, père de famille, est secrétaire général du cabinet civil (SGCC), alors que la jeune fille à la beauté fascinante, est un être naïf comme l’on peut en rencontrer dans nos grandes métropoles. Leurs étreintes vont se solder par la mort du SGCC (rôle interprété majestueusement par Balthazar Amadagoleda), tombé en syncope par les envolés sexuelles viriles et éprouvantes de la jeune fille. S’ouvre alors un dilemme, celui de savoir comment se débarrasser du corps de ce haut responsable de la République. Les jeunes filles qui hantent la nuit dans nos villes, et qui sont prêtes à “ croquer ” nos grands messieurs, ont toutes toujours des astuces dans la tête lorsqu’une difficulté de ce genre leur arrive. Majolie (Adèle Ado) la jeune fille qui a assommé le ministre d’état avec la puissance de ses coups de reins, va dont s’appuyer sur sa copine Chouchou (Dorylia Calmel) pour faire évacuer le corps avec la complicité du morguier Essomba (formidable interprétation scénique du très regretté Essindi Mindja). Mais lorsqu’on entre dans le monde de la nuit ou le vice, le pervers, le mystique, le diabolique et le satanique ont droit de cité, des expériences comme celle-la peuvent se multiplier. Cette fois donc, c’est le ministre d’Etat en personne (Emile Abessolo) qui veut vivre les douces sensations que procurent les corps sensuels de Majolie et Chouchou que côtoie avec une moindre expérience Natou (Joséphine Dagnou). Le ministre d’Etat est réputé être un adepte de l’ésotérisme avec des pratiques perverses. On le voit ainsi s’emparer des slips des deux jeunes filles qu’il hume et déguste avec délectation. Un peu comme pour posséder leur corps, il se livre alors à des incantations mystiques pour démontrer ainsi que s’il est ministre d’Etat, c’est bien parce qu’il tire la base de sa puissance des forces…mystérieuses. Le spectateur ressent la chair de poule à chacune de ses scènes à la fois cocasses et saisissantes dans un scénario qui se déroule entièrement la nuit.Une œuvre utile Sur le plan technique le travail de Jean-Pierre Bekolo va au delà de ce qu’il a déjà réalisé auparavant notamment avec “ Aristote’splot ” et “ Quartier Mozart ”. Les cadrages, travail d’une seule caméra central procure des vues impressionnantes. Et les formes des couleurs photos sont en symbiose avec l’atmosphère du tournage. Ce film est, selon le critique Aboubacar Sanogo, “ d’avant garde ”. Il y a en effet avant-garde aussi bien dans l’approche narrative que dans l’approche thématique. Dans nos sociétés africaines post-coloniales où le pouvoir semble ne plus venir de Dieu, mais du diable, beaucoup se reconnaîtront certainement et seront peut-être choqués ou alors troublés que soient ainsi dévoilées à l’écran, leurs turpitudes lucifériennes. Mais qu’importe ! Le mérite du cinéma est justement de mettre en lumière ce qui est caché, positif ou négatif, afin d’instruire la société. Et en cela, Jean-Pierre Bekolo aura fait œuvre utile, avec notamment un courage qui mérite d’être souligné. On peut saluer la présence dans cette réalisation des comédiennes Adèle Ado et Dorylia Calmel qui sont étrangères au Cameroun, confirmant ainsi le caractère international de ce film. Mais que de plaisir à retrouver sur scène des comédiens tels que Joséphine Dagnou, Emile Abessolo, Jimmy Biyong, Douala Toto, Véronique Mendouga, Venant Mboua, et surtout Essindi Mindja dont la disparition reste jusqu’à ce jour un véritable choc. De plus, la direction des acteurs ne souffre d’aucune contestation, le réalisateur ayant choisi de dire son sujet dans un concept qui tourne autour du corps, avec ce qu’il y a comme désir, aliénation, puissance, tentation, esclavagisme argent… D’où les rappels du genre “ comment faire un film dans un pays qui n’a pas d’avenir, ou dans un endroit ou la mort est une fête ? ”. C’est donc un film qui s’adresse à tout le monde, puisqu’il pose à la fois plusieurs problèmes dont celui du corps au service de l’argent, du corps au service du pouvoir, du corps au service de la corruption, et du corps au service des sens humains dans son côté concupiscent. La finalité étant de montrer que dans le corps il y a la puissance et la résistance au mal. C’est pour cela que malgré leur faiblesse Majolie et Chouchou sortent vainqueurs du puissant ministre d’Etat. On ne peut donc que dire chapeau au réalisateur pour son film, qui, au delà du trouble qu’il va produire dans certains subconscients pleins de monstres, trace le chemin en matière de cinéma de la réflexivité pour reprendre une expression de Aboubacar Sanogo.

http://www.lemessager.net/details_articles.php?code=4&code_art=9976&numero=1