Cinéma : le Mincult veut censurer "Les Saignantes"
3 Janvier 2006
Publié sur le web le 3 Janvier 2006
Par Jules Romuald Nkonlak
La décision de Ferdinand Oyono sur le film de Jean Pierre Bekolo est attendue.
On ne verra peut-être pas de si tôt "Les Saignantes", le tout nouveau film de Jean Pierre Bekolo. La projection qui était prévue le 1er janvier 2006 a été renvoyée pour plus tard. D'après le cinéaste, on pourrait l'avoir finalement à l'occasion des fêtes de la jeunesse (11 février) et de la femme (8 mars). Mais le problème, c'est beaucoup plus la menace de censure qui pèse actuellement sur le film et qui vient remettre au goût du jour des pratiques qu'on croyait révolues. Vendredi dernier, 30 décembre 2005, la commission de censure du ministère de la Culture s'est réunie précipitamment pour regarder le film du cinéaste camerounais. A l'origine de la réunion de cette commission presque oubliée, une correspondance faite jeudi par M. Emmanuel Tentchou, son président, envoyée au ministre d'Etat en charge de la Culture. En fait, le président de la commission de censure, qui a assisté à la projection spéciale pour la presse, mercredi dernier, a pensé qu'il avait un contenu pornographique et s'opposait au régime en place.
Joint au téléphone hier soir, M. Tentchou n'a pas souhaité donner un avis sur cette question. "Il n'y a pas de menace. C'est le ministre d'Etat chargé de la Culture qui est le président de cette commission et c'est lui le seul à rendre publiques ses décisions", a-t-il déclaré. La décision du ministre d'Etat Ferdinand Léopold Oyono, qui, d'après les informations en notre possession devait regarder lui-même le film pour trancher, est encore attendue.
La séance de visionnage de vendredi ne s'est pas faite en présence du ministre, et même le secrétaire général du ministère n'a regardé le film qu'à une autre occasion, après que Jean Pierre Bekolo le lui ait apporté, avant de le transmettre au ministre. En attendant la décision du ministre, la commission a déjà demandé qu'un certain nombre de coupes soient effectuées dans le film. Il s'agit notamment de scènes qui sont jugées pornographiques et de celles qui font allusion au Cameroun.
Pornographie
Même si l'action du film se déroule en 2025, il est clairement indiqué qu'elle se déroule à Yaoundé au Cameroun. Ce qui ne plait pas aux responsables du ministère de la Culture, qui veulent que l'action se déroule dans un lieu imaginaire et qui ont, en plus, exigé que la mention "Interdit au moins de 18 ans" soit indiquée, après que les différentes coupes aient été effectuées. Pire encore, les membres de la commission de censure ont déclaré qu'ils auraient dû être présents pendant le tournage pour indiquer ce qu'il fallait montrer. Jean Pierre Bekolo, lui, pense que les coupes exigées n'ont pas de sens et avoue qu'il ne les fera pas. "On n'ajuste pas une oeuvre pour s'accomoder d'un système. Le film n'attaque personne. Il n'est pas pornographique. Parce qu'on montre le corps noir ça devient pornographique ?", s'offusque le cinéaste, qui a pris un an à monter ce film auquel il a voulu donner un sens bien précis. "C'est une réponse à notre société. C'est un film qui essaie d'innover dans la forme. Nous n'avons pas inventé un genre propre à nous. Le cinéma n'existe pas vraiment chez nous. On le méprise un peu. Ce qui se passe actuellement, c'est plus une absence d'identité que de la censure", poursuit-il.
Pour le cinéaste, il faut aborder un certain nombre de questions et surtout se servir de son métier pour faire avancer les choses. "Si on censure ce film, ça veut dire qu'on veut que les choses restent telles qu'elles sont. Je ne veux pas m'adapter à cet environnement. Nous fonctionnons dans un monde qui n'est pas camerounais", pense Jean-Pierre Bekolo. On a également appris qu'au ministère de la Culture, on se serait indigné du fait que Jean Pierre Bekolo ait tourné un film pornographique avec "l'argent qu'on lui a donné". Or, le cinéaste tient à préciser que les 10 millions de Fcfa qu'il a perçus de l'Etat camerounais, même s'ils ne sont pas insignifiants, contribuaient à un budget de 300 millions de Fcfa. En plus, cet argent a payé des Camerounais qui ont travaillé sur ce film, financé en grande partie par le gouvernement français et la chaîne Tv5. On attend donc la décision du ministre Ferdinand Oyono et Jean Pierre Bekolo préfère rester confiant: "Je fais confiance en leur intelligence", affirme-t-il.

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